EVOLUTION DES ACTIVITES DE LA COMMISSION JURIDIQUE ET CONSTITUTIONNELLE

INTRODUCTION

I.                   Approche méthodologique et outils

1.        De la méthodologie

1.1.        La méthodologie en rapport avec le renforcement institutionnel de la Commission

1.2.        La méthodologie en rapport avec l’analyse constitutionnelle face à l’évolution des pouvoirs politiques au Rwanda

1.3.        La méthodologie en rapport avec la sensibilisation de la population sur les aspects constitutionnels

1.4.        La méthodologie relative à la consultation population

1.4.1  Le contexte de la méthodologie

1.4.2  L’élaboration du document de base d’information sur les thèmes constitutionnels

1.4.3  Des outils

2             Activités opérationnelles

A.   Activités réalisées

1.    Formation des membres et du personnel de la Commission

2.    La campagne d’information, de formation et de sensibilisation de la population

2.1.        La campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation de la population dans les provinces

2.2.        La campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation des groupes spécialisés au niveau national

B.   Perspectives à Court et Moyen Termes

3.    Consultation de la population

4.    Etape de validation

5.    Référendum

6.    Elaboration des lois devant régir la fin de la transition

7.    Harmonisation des lois avec la Nouvelle Constitution.

CONCLUSION


INTRODUCTION

La Commission Juridique et Constitutionnelle est chargée d’élaborer la nouvelle Constitution qui va régir le Rwanda après la période de transition. Elle  a été prévue par les Accords de paix d’Arusha  et a été mise en place par la loi n° 23/99 du 24/12/1999 telle que modifiée et complétée par la loi n° 26/2000 du 3/11/2000. 

La commission est composée de douze (12) membres élus par l’Assemblée Nationale en date du 10/7/2000. Elle est dirigée par un bureau composé de trois membres dont un Président, un Vice-Président et un Secrétaire Exécutif, également élus parmi ses membres par l’Assemblée Nationale en date du 23/11/2000.

Aux termes  de l’article 2 de la loi n° 23/99 du 24/12/1999, la Commission a pour mission de :

-         Préparer l’avant-projet de la Constitution ;

-         Chercher, recueillir et rassembler les propositions données par la population en s’inspirant des exemples d’autres pays ;

-         Expliquer à la population ce qu’est une Constitution et les idées principales qu’elle contient ;

-         Préparer l’avant-projet des lois devant régir la dernière période de transition ;

-         Rassembler toutes les lois devant être modifiées pour les adapter à la Constitution.

Pour atteindre sa mission, la Commission a dû mener une profonde réflexion sur le contexte juridique, social et politique du Rwanda.

Sur le plan juridique, la loi fondamentale qui régit le Rwanda actuellement, est composée de plusieurs textes élaborés à des époques et dans des situations différentes voire avec des préoccupations divergentes. Par ailleurs, certaines lois en vigueur sont caduques, d’autres renferment des dispositions discriminatoires surtout à l’égard de la femme ; d’où la nécessité d’adaptation et d’harmonisation.

Sur le plan social, la société rwandaise de l’après génocide est très diversifiée et profondément déchirée. Il faut donc mener de larges consultations auprès de toutes les  catégories de la population rwandaise, y compris ceux de la diaspora pour que la nouvelle Constitution reflète les idées et réponde aux attentes de tous les Rwandais.

Sur le plan politique, notre pays s’est engagé dans le processus de la bonne gouvernance qui se traduit par la décentralisation déjà opérationnelle, la mise en place des juridictions Gacaca,….

Compte tenu de ce qui précède, la Commission a mené une profonde réflexion sur la méthodologie appropriée pour élaborer la nouvelle Constitution devant régir le Rwanda après la période de transition (19 Juillet 2003) et a adopté une approche participative inclusive qu’on retrouve dans toutes les étapes du plan d’action de la Commission :

      1.         Formation des membres de la Commission et de son personnel ;

2.    Campagne d’information, de formation et de sensibilisation de la population sur les principales idées contenues dans la Constitution;

3.    Consultations de la population à l’aide d’un guide d’entretien (checklist);

4.    Dépouillement, traitement des données et rédaction du premier draft ;

5.    Validation du draft de l’avant projet de la Constitution;

6.    Finalisation de l’avant projet de la Constitution ;

7.    Referendum du projet de Constitution ;

8.    Préparation des avant-projets des lois devant régir la dernière période de transition ;

9.    Harmonisation des lois à la Constitution.

 

I. APPROCHE METHODOLOGIQUE ET OUTILS

1. De la méthodologie

La Commission Juridique et Constitutionnelle a opté pour une méthodologie garantissant les résultats attendus et rassurant la pleine participation de la population.

1.1                      . La méthodologie en rapport avec le renforcement institutionnel de la Commission :

Un séminaire de team building : Ce séminaire auto-facilité par les membres de la commission avec l’intervention de quelques personnes ressources (expert en analyse constitutionnel, expert en communication) a permis aux membres de la commission de tracer un cadre de collaboration et de planifier les  perspectives de la Commission.

Au cours de ce séminaire les membres de la Commission ont préparé et adopté le Règlement d’Ordre Intérieur et le Code d’Ethique régissant les organes de la Commission.

1.2.                    La méthodologie en rapport avec l’analyse constitutionnelle

L’analyse des constitutions rwandaises et la prise de connaissance des  expériences d’ailleurs, ont été un choix stratégique pour permettre aux membres de la commission d’élaborer un module de formation pour sensibiliser la population sur les aspects constitutionnels.

1.3. La méthodologie en rapport avec la sensibilisation de la population sur     les aspects constitutionnels :

Il a été question de rencontres avec les différentes catégories de la population; des débats ont été lancés et la population s’est réjouie de cette approche participative et inclusive utilisée par la Commission.

L’outil de base des débats est le module de formation,  confectionné sous forme de dialogue communautaire destiné aux leaders à la base et autres groupes spécialisés jusqu’aux adolescents des écoles secondaires.

En guise de suivi, les leaders communautaires à la base continueront la sensibilisation de la population au niveau  des secteurs et cellules.

1.4.                   La méthodologie relative à la consultation populaire :

1.4.1.                       Le contexte de la méthodologie

Elle consistera à recueillir les idées clé à mettre dans l’avant-projet de la constitution.

Ce travail de consultation populaire constitue une suite logique de l’activité de formation et de sensibilisation de la population qui occupe la Commission depuis le mois de juillet 2001.

En effet, après avoir expliqué à la population ce qu’est une Constitution, les idées principales qui la composent et son importance dans un Etat démocratique, l’on espère que les Rwandais de différentes catégories seront bien outillés pour donner leurs propositions et exprimer leurs attentes quant au contenu de la future Constitution qui va régir le pays après la période de transition.

Comme déjà précisé, la consultation va couvrir toutes les couches de la populations rwandaise et toutes les catégories socio-professionnelles : au niveau de la base (les secteurs et districts); les catégories spécialisées (organisations féminines et des jeunes, organisations de développement et de défense des droits de la personne, secteur privé, associations des journalistes, des avocats, syndicats, Eglises, Universités et Ecoles secondaires, Prisons, services militaires et de police, Commissions spécialisées, Formations politiques, Agents de l’Etat, Organisations politiques, etc...); les rwandais de la diaspora (rencontres avec ceux et celles qui vivent dans les camps de réfugiés et communication par internet et autre moyen pour les autres).

Il va sans dire que ce processus va exiger une méthodologie bien adaptée au contexte rwandais et plus spécifiquement au niveau de compréhension et d’analyse d’un grand nombre de rwandais.

C’est dans ce souci que la Commission est en train d’élaborer un plan de consultation qui consiste notamment dans l’identification et le développement des principaux thèmes qui vont servir de base pour l’élaboration d’un guide d’entretien sous forme d’un questionnaire avec réponses à choix multiples afin d’offrir aux rwandais, surtout ceux et celles ayant des connaissances limitées, un outil permettant d’exprimer facilement leurs idées et de faciliter l’exploitation et le traitement des informations recueillies. Le document de synthèse y relatif devrait être disponible au début du mois de Janvier 2002.

A ce propos, il importe de préciser qu’outre les thèmes spécifiques qu’on retrouve dans la plupart des Constitutions classiques, certains aspects propres au contexte rwandais seront également débattus à fond afin d’en tirer des principes à intégrer dans la future Constitution.

Il s’agit entre autres des valeurs positives de la culture rwandaise et des mécanismes d’assurer leur promotion , de la protection des personnes défavorisées dans notre  société etc...

Selon le plan d’action de la Commission, ce processus de consultation va s’étendre sur 6 mois et  les media vont jouer un rôle prépondérant pour informer et mobiliser le peuple Rwandais sur le déroulement des activités.

1.4.2.L’élaboration du document de base d’information sur les thèmes constitutionnels.

a)    Le document de référence pour de larges informations sur la Constitution : c’est un document synthèse qui récapitule les différents thèmes  qui feront objet de consultation.  Ce document  est en train d’être produit par les membres de la commission après une large documentation à partir des séminaires, des voyages d’études, des échanges fouillés avec les experts, la considération des questions que se posent la population en matière constitutionnelle, etc…

b)    Elaboration des outils de Consultation : ces outils sont entre- autres ,le guide d’entretien, le questionnaire; cette opération sera faite dans un cadre de réflexion avec l’équipe d’experts multidisciplinaires (les statisticiens, les experts en sondage, les sociologues, les politologues, les experts en rédaction constitutionnelle, les magistrats, etc …) en collaboration avec les membres de la commission…

c)    Préparation du terrain : cette préparation consiste à dépouiller les idées émises par la population lors de la formation sensibilisation. Ce sont les éléments que la population souhaite voir figurer dans la constitution. Ces éléments doivent être pris en compte comme des hypothèses à valider auprès des autres groupes à déterminer comme base de sondage.

d)    Elaboration du questionnaire et guide d’entretien : il importe de bien déterminer l’échantillon avec le plus de réalisme possible (suivre les méthodes scientifiques d’échantillonnage selon les différentes catégories et localisation spatiale) A ce niveau il est suggéré qu’il y ait des experts en matière de recherche qui appuieront dans l’élaboration de cette base de sondage.

Les capacités en matière d’élaboration des constitution doivent être mise en jeu pour pouvoir collecter les données les plus utiles possibles selon le canevas constitutionnel (préambule, les pouvoirs, les régimes, les droits de la personne humaine, …)

 

1.4.3. Des outils

2.1.               Le questionnaire d’enquête présentant les différents thèmes avec les variables et modalités .

L’avantage de celui-ci est qu’il peut être envoyé même là où on ne peut pas arriver. Les réponses peuvent être envoyées par poste ou courrier électronique.

2.2.              Le guide d’entretien qui aura une même base thématique que le questionnaire comprend les thèmes à débattre ; la personne membre de la Commission joue le rôle de facilitateur neutre ; c’est la population qui fait le brainstorming, et qui opère le choix parmi les options du guide d’entretien ou d’autres éléments issus des débats.

Ici c’est le recueil d’opinions des groupes.

Le questionnaire et le guide d’entretien seront publiés dans les journaux et dans d’autres média; toute personne pourra donner son avis et mettre le formulaire rempli dans les endroits prévus y compris des boîtes à idées, sites internet etc..

2.3.         Vu que le travail de dépouillement systématique doit être basé sur les variables spécifiques aux thèmes constitutionnels, il est nécessaire de disposer des experts multidisciplinaires en traitement des données qui seront accompagnés par les membres de la commission pour rester  fidèles à l’esprit du processus.

Un document de synthèse sera élaboré pour servir de référence à l’avant projet constitutionnel.

2.4.               Validation de l’avant-projet : il sera choisi un échantillon des groupes consultés pour valider le contenu de l’avant projet constitutionnel avant de le présenter au Gouvernement et au Parlement.

3             ACTIVITES OPERATIONNELLES

A. ACTIVITES REALISEES

1.    Formation des membres et du personnel de la Commission

Le programme de formation des membres et du personnel de la commission a été conçu dans le but de constituer une équipe unie, disposant des connaissances suffisantes en matières constitutionnelles en général, en constitutionnalisme des autres pays surtout africains et ceux qui  ont connu des problèmes similaires aux nôtres et en histoire du Rwanda.

Les besoins de formation persistent dans beaucoup de domaines entre autres la rédaction d’une constitution. Dans la mesure du possible, ces besoins seront satisfaits et intégrés dans les programmes d’exécution ;  la base étant déjà acquise dans les quatre formations déjà accomplies.

Il s’agit entre autres  :

1.    Du séminaire de MURAMBI à Gitarama, sur le « Team Building », du 5 au        7/2/2001

2.    De la Conférence du 16/4 au 4/5/2001 sur les différentes composantes de la matière constitutionnelle, qui a eu lieu à KIGALI

3.    La formation des formulaires à St Paul du 11-13 juillet 2001.

4.    De la Conférence de KIBUYE sur le processus d’élaboration d’une constitution : du 20 au 24/8/2001

5.    Du voyage d’étude aux Etats Unis d’Amérique.

2. La campagne d’information, de formation et de sensibilisation de la population

La phase d’information, de sensibilisation et de mobilisation répond à la troisième mission de la Commission. Elle a commencé en juillet 2001 et se terminera en décembre 2001.

A l’issue de la Conférence sur les différentes composantes de la matière constitutionnelle, les membres de la Commission ont élaboré un module simple à lire et d’un petit format facile à manipuler qui sert de base de formation. Ce module est écrit en Kinyarwanda comme langue nationale. Il a été traduit en français et en anglais.

Cette campagne a été exécutée en deux étapes : la première étant celle décernée à la population dans toutes ses composantes au niveau de chaque province et la deuxième ayant été réservée aux groupes spécialisés suivant l’activité professionnelle ou selon le statut juridique au niveau national.

2.1.La campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation de la

population dans les provinces

Les membres de la Commission ne pouvant pas atteindre chaque rwandais sur sa colline, la Commission a, dans tout le pays,  formé plus de 10 000 autorités locales, élues  par la population, afin qu’à leur tour, elles aillent former la population dans les différentes localités des districts.

Il convient de noter qu’à ce stade, chaque membre de la Commission  s’est vu affecté à une province dans laquelle il doit assurer, avec l’aide de trois personnes qui ont été formées à cet effet, la formation de toutes les catégories de la population rwandaise de la province et la supervision des réunions populaires ad hoc.

2.2 La campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation des groupes spécialisés au niveau national

Les groupes spécialisés sont composés de personnes qui ont des particularités selon leur statut ou leur profession. On trouve dans ces groupes entre autres les agents de l’Etat dans les différents ministères, les établissements publics, les membres du secteur privé, les membres de la société civile,  le personnel des hôpitaux, les étudiants et professeurs des universités et instituts supérieurs, les étudiants des écoles secondaires, ……………

Les membres de la Commission eux-mêmes rencontrent chaque groupe.

2.3 La sensibilisation des Rwandais de la diaspora : aux Etats Unis d’Amérique,    en Afrique du Sud, et en Tanzanie.

B. PERSPECTIVES A COURT ET MOYEN TERMES

3.        Consultations de la population

La Commission a d’abord mûrement réfléchi sur les thèmes à soumettre à la population. Ensuite, elle a commencé à préparer à partir de ces thèmes un guide d’entretien (check-list). Voir. Supra. N° 1.4. Un questionnaire formulé sur Base du guide d’entretien (autour des thèmes constitutionnels) sera formulé et mis à la portée de la population

4.        Etape de validation

La  validation est une étape importante dans la mesure où elle permet à la population de vérifier que toutes ses idées qu’elle a exprimées lors des consultations populaires ont été incluses dans le draft de l’avant-projet de la Constitution. Il y a lieu de souligner le fait que dans la quasi totalité des districts et même dans tous les groupes spécialisés, la question de savoir si leurs idées seront prises en compte a été posée. En plus de rassurer la population, cette étape de restitution lui offrira également l’occasion de donner les informations complémentaires dont la Commission tiendra compte en rédigeant le texte final de l’avant projet de la Constitution.

L’avant projet sera validé auprès de la population (échantillon représentatifs avant d’être présenté au Gouvernement et au Parlement conformément à la loi instituant la Commission).

5. Référendum :

Il s’agit d’une étape essentielle par laquelle la population rwandaise va adopter sa Constitution. Le référendum marque le couronnement  de notre approche de participation populaire inclusive. Il s’agit d’un processus long et coûteux mais qui se justifie dans la situation d’un pays comme le Rwanda qui a connu le génocide.

6 Elaboration des lois devant régir la fin de la transition : cette activité sera simultanée au processus de référendum.

7. Harmonisation des lois avec la Nouvelle Constitution : Après le référendum, une fois la nouvelle constitution en place, la Commission procédera à la révision des lois devant être harmonisées avec la nouvelle constitution.

CONCLUSION

Il va de soi que la préparation de la Constitution suivant la méthodologie de participation populaire inclusive requiert des ressources financières énormes que le seul budget de l’Etat ne peut pas couvrir.  C’est la raison pour laquelle le Gouvernement est obligé de faire appel à la sensibilité de la Communauté Internationale pour mener à bonne fin ce travail très important dans la vie d’un pays comme le Rwanda qui a connu le génocide. Le Gouvernement a fait un effort pour financer à charge du budget de l’Etat les frais de fonctionnement de la Commission ainsi que la campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation de la population. 

Certains bailleurs de fonds ont participé à la formation des membres et du personnel de la Commission et dans la fourniture de quelques équipements.  Nous souhaiterions que leur assistance s’étende aux postes ci-après:

1.   Consultations populaires (Janvier-Juin 2002);

2.    Utilisation des média pour l’information et la mobilisation de la population;

3.    Dépouillement des données (idées) fournies par la population (expertise et équipement);

4.    Rédaction et impression du draft de l’Avant projet de Constitution;

5.    Validation de l’avant projet de constitution

6.    Rédaction et impression de l’Avant projet de Constitution;

7.    Rédaction de l’avant projet régissant la fin de la transition

8.    Référendum

9.    Révision d’autres lois pour l’harmonisation à la nouvelle constitutio